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Conclusions de la Journée de Réflexion sur les Compléments alimentaires

27 mars 2009, Paris

La Société Française de Nutrition (SFN) et de la Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme (SFNEP) ont organisé conjointement le 27 mars 2009 une journée de réflexion sur les compléments alimentaires pour mieux en évaluer la sécurité, la validité et l’efficacité. Le but de cette journée était également de réfléchir à des mesures de protection du consommateur sans pénaliser les éventuels bénéficiaires.

La complémentarité des deux sociétés savantes a permis de rassembler des intervenants qui, venus des divers horizons de la Nutrition, ont apporté les éclairages nécessaires à la compréhension de la problématique de l’utilisation des compléments alimentaires. Deux administrations, la DGCCRF et l’AFSSA ont situé le cadre réglementaire et décrit la consommation française des compléments alimentaires. En France, 11% des enfants et 19,7% des adultes, dont 12,6% des hommes et 26,5% des femmes, consomment des compléments alimentaires au moins une fois dans l’année
(INCA 2, www.afssa.fr).

Selon la réglementation européenne qui régit leur mise sur le marché, les compléments alimentaires sont des denrées alimentaires, donc soumis au régime de la libre circulation des marchandises. La seule limite à leur diffusion dans la Communauté des 27 peut être la démonstration de toxicité y compris du risque carcinogène.

Au cours de la journée, deux types d’utilisation ont été mis en évidence :

  1. Les situations où la personne présente une insuffisance d’apports qu’elle soit d’origine physiologique (par exemple, le grand âge) ou pathologique (cancers, maladies intestinales, alcoolisme chronique, porteurs de by-pass gastrique) ; dans ce cas le complément répond bien à sa fonction de compléter un manque. Cet emploi justifié a appelé deux remarques :
    • Le complément alimentaire est ici conseillé par un professionnel de santé et la nécessité de son remboursement, lorsque le patient est hors de l’hôpital, devrait être évaluée.
    • Il existe un besoin de recherche et de développement dans ce domaine. Notamment, des innovations semblent nécessaires dans le domaine de l’acceptabilité des produits, parfois peu agréables, par exemple lorsqu’ils sont présentés sous forme de poudre.
  1. Les situations où le complément alimentaire correspond à un apport nutritionnel supplémentaire. Il peut s’agir de nutriments ou de microconstituants connus ou suspectés pour posséder certaines propriétés bénéfiques qui s’ajoutent à l’alimentation habituelle. Les principes de santé publique demandent que la pertinence de cette supplémentation soit démontrée. Il existe en effet actuellement des erreurs flagrantes, telle la supplémentation systématique en fer des femmes enceintes. Il est également important de protéger le consommateur en définissant clairement la limite de toxicité. Pour cela, il est nécessaire que soient connus :
    • l’apport du nutriment ou microconstituant par l’alimentation de façon à rester en deçà de la limite de toxicité. Sur le plan général il est possible de connaître cette consommation par des études nationales de consommation, telle celle de l’INCA2 en France. Les doses recommandées et les limites de toxicité doivent être disponibles pour chaque nutriment. Sur le plan individuel, le professionnel de santé peut s’aider de marqueurs validés l’aidant à définir le statut nutritionnel du consultant. Il faut ici alerter le consommateur sur l’existence de «bilans biologiquesprédictifs de risque» non scientifiquement validés, et sur des allégations santé non scientifiquement fondées.
    • l’absence de toxicité dans des tests bien codifiés sur des modèles animaux ou cellulaires pour définir la dose seuil sans effet délétère observé. Les études épidémiologiques de plus en plus nombreuses révèlent un risque accru de développement de cancers lors d’une supplémentation au long cours par des antioxydants. En particulier, ce type de supplémentation semble être délétère chez des sujets porteurs de cellules tumorales, qu’ils soient à un stade de pré-cancer, en phase de rémission ou de progression.

En conclusion de cette première journée, la SFN et la SFNEP proposent à la réflexion des acteurs de santé publique et des décideurs :

    • une première mesure facilement applicable dans le cadre de la règlementation actuelle :
      • la juste et pertinente évaluation de la toxicité des compléments alimentaires tenant compte des connaissances récentes sur les risques carcinogènes de la supplémentation;
    • des mesures qui s’inscrivent dans une évolution possible de la réglementation :
      • remboursement des compléments alimentaires prescrits par un professionnel de santé dans le cadre d’une pathologie avérée
      • démonstration de la pertinence et de la nécessité de la mise sur le marché de compléments alimentaires destinés à la population générale ou à des sous-groupes de population (femmes enceintes, personnes âgées etc.)
    • des pistes de recherche et d’innovation :
      • développement de tests de toxicité pertinents et d’études cliniques mesurant l’efficacité alléguée des compléments alimentaires
      • amélioration de l’acceptabilité des compléments alimentaires destinés aux patients

Publié le mercredi 22 juillet 2009

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